Alors ce sera merveilleux quand tu m’auras apprivoisé!

Le petit prince et le renard

Le petit prince
© Dana Critchlow

Je ne sais pas vous mais je trouve que la manière dont le renard de Saint Exupéry décrit ce que veut dire apprivoiser constitue une des plus belles définitions de l’amour et du lien qu’il crée entre deux personnes. Le Petit Prince pourrait d’ailleurs constituer une lecture de cérémonie dans sa quasi intégralité tant il est rempli de poésie mais aussi d’un léger recul acidulé. Alors aujourd’hui, je vous propose de réapprendre à apprivoiser. Et si cela fait longtemps que vous n’avez pas relu Le Petit Prince, n’attendez plus, allez le chercher dans votre bibliothèque et retrouvez votre âme d’enfant pendant quelques heures !

le petit prince
© Callie Morgan

Qu’est-ce que signifie « apprivoiser »?

– C’est une chose trop oubliée, dit le renard. Ça signifie « créer des liens… »
– Créer des liens ?
– Bien sûr, dit le renard. Tu n’es encore pour moi qu’un petit garçon tout semblable à cent mille petits garçons. Et je n’ai pas besoin de toi. Et tu n’as pas besoin de moi non plus. Je ne suis pour toi qu’un renard semblable à cent mille renards. Mais, si tu m’apprivoises, nous aurons besoin l’un de l’autre. Tu seras pour moi unique au monde. Je serai pour toi unique au monde…

(…)
Ma vie est monotone. Je chasse les poules, les hommes me chassent. Toutes les poules se ressemblent, et tous les hommes se ressemblent. Je m’ennuie donc un peu. Mais, si tu m’apprivoises, ma vie sera comme ensoleillée. Je connaîtrai un bruit de pas qui sera différent de tous les autres. Les autres pas me font rentrer sous terre. Le tien m’appellera hors du terrier, comme une musique. Et puis regarde ! Tu vois, là-bas, les champs de blé ? Je ne mange pas de pain. Le blé pour moi est inutile. Les champs de blé ne me rappellent rien. Et ça, c’est triste ! Mais tu as des cheveux couleur d’or. Alors ce sera merveilleux quand tu m’auras apprivoisé ! Le blé, qui est doré, me fera souvenir de toi. Et j’aimerai le bruit du vent dans le blé…

Le renard se tut et regarda longtemps le petit prince :
– S’il te plaît… apprivoise-moi ! (…) Et tu ne dois pas l’oublier. Tu deviens responsable pour toujours de ce que tu as apprivoisé. »

 

Le Petit Prince, Antoine de Saint Exupéry, 1943

Du mariage, d’André Noiret

Une idée de définition pour une lecture de cérémonie

Pour donner vie à ce poème, Du mariage, d’André Noiret, on peut envisager plusieurs mises en scène et différents intervenants. Là, à brûle pourpoint, j’aurais deux idées que je m’empresse de partager avec vous.

Dans un premier temps, j’imagine une voix d’enfant prononcer les mots de ce joli poème d’André Noiret. Cet enfant, cela pourrait être le vôtre ou votre filleul.e ? Vous auriez appris le poème tous ensemble et vous le réciteriez aussi ensemble. Vous, les lèvres entrouvertes, sur vos mots muets pour laisser toute sa place à ce petit être qui récite fièrement pour vous deux. Pensez à sa petite voix appliquée qui ferait résonner, vers par vers, cette idée du mariage décrite par Noiret. Puis tous vos invités retiendraient leur souffle pour applaudir l’enfant au poème !

Mais on peut aussi confier cette lecture à un adulte, bien sûr ! Un parent peut-être, qui pourrait clore la cérémonie par ces quelques vers. Ce serait alors comme une affirmation de l’engagement qui vient d’être pris. Comme une manière de sceller votre union.

Du mariage, d'André Noiret
© Bridget Flohe

Du Mariage, d’André Noiret

Deux cœurs qui s’unissent,
Afin de devenir le même alliage.
Deux âmes qui s’aiment,
Et tentent le plus beau des poèmes.
S’aimer et se chérir quels que soient les orages.
Se prêter serment de fidélité,
Et tenter de vaincre la continuité.

Le mariage,
C’est comme le dit l’usage.
Un grand présage,
Pour des adultes enfin devenus sages.
En souhaitant qu’ils ne quittent jamais leur plage.
Où ils verront ensemble défiler bien des âges

 

Et vous, vous l’imaginez comment ?

C’est en risquant qu’on devient vivant et aimant

Lecture de cérémonie, Jean Vanier

C'est en risquant qu'on devient vivant et aimant

Comme ça faisait longtemps que je n’avais pas partagé une idée lecture avec vous. Alors, je me suis dit qu’il fallait remédier immédiatement au manque en question ! Voici donc, pour vous, un extrait d’un texte de Jean Vanier résumant des beaux conseils d’amour, pour l’amour. L’amour de ceux qui se marient, mais aussi de ceux qui s’aiment en général. J’imagine bien ce texte lu par des membres de la famille des mariés ou par des ami.e.s de toujours. Suivi ensuite d’un discours « accueillant » la nouvelle personne dans la famille ou la tribu de manière générale.

Cela sonne pour moi comme un message de bienveillance et de tendresse. Une tendresse attentive à l’autre et forte de ce message : « C’est en risquant qu’on devient vivant et aimant ». Le mariage est une forme de risque, un risque que l’on prend et que l’on revendique haut et fort. Un risque qu’on défend chaque jour un peu plus.

Et vous, vous l’imaginez où ce texte ?

Donner de l’espace à l’autre
Accueillir quelqu’un, ce n’est pas le prendre pour l’étouffer ou le changer selon mes idées et ma façon de voir
Accueillir, c’est donner de l’espace à l’autre à l’intérieur de moi, pour qu’il puisse m’apporter
quelque chose et, par le fait même, me transformer un peu.

L’accueil est une ouverture, une capacité un désir d’évolution, de changement, de croissance.

Dans l’accueil, il y a un élément d’inattendu.
Je n’agis plus en maître.
Je reçois ce qui m’est donné.
Recevoir quelqu’un pour prendre dans ses idées ce qui peut m’enrichir et le rejeter quand il me dérange, ce n’est pas l’accueil.

Accueillir c’est s’exposer à un risque.

La vie est risque.

C’est en risquant qu’on devient vivant et aimant.

Et le fruit de ce risque, c’est la fidélité de l’amour, la tendresse éprouvée, la célébration d’une alliance.

Votre jour de mariage

« Alors vivez heureux pour toujours, comme des amants et des amis »

Votre jour de mariage
© Tom Pumford

Des conseils à donner aux mariés, on en a plein mais aussi aucun. En effet, que peut-on leur dire sans donner des leçons de mariage et tout en partageant l’émotion qui nous habite en ce jour si particulier. Je trouve que ce joli poème résume parfaitement tout ce que l’on peut souhaiter et recommander à deux êtres que l’on aime et qui s’aiment. Il s’appelle simplement Votre jour de mariage et tout y est ! Cet été ce sont deux des meilleures amies de la mariée qui l’ont lu non sans émotion et larmes de joies. Comme un reflet de la douceur des mots. 

Aujourd’hui est un jour dont vous vous souviendrez toujours
le plus beau dans la vie de chacun.
Vous avez commencé la journée comme deux amoureux
pour la terminer comme mari et femme.

C’est un nouveau début, un voyage qui commence,
avec des moments précieux que vous chérirez.
Et même si par moments, vous êtes en désaccord
Il est certain que le plaisir l’emportera toujours.

Bien des conseils vous ont été donnés par le passé
quand les secrets de mariage ont été révélés,
Mais vous savez que les réponses se cachent au fond de vous,
Où les liens de l’amour vrai demeurent intacts.

Alors vivez heureux pour toujours, comme des amants et des amis
Vous qui êtes là ensemble, de l’amour plein les yeux,
Vous êtes à l’aube d’une nouvelle vie, qui, pour commencer,
attend de vous entendre prononcer : “Oui, je le veux”.

Et, avec de la chance, tous vos espoirs et tous vos rêves peuvent se réaliser
Puisse la réussite trouver le chemin de vos cœurs,
Demain peut vous apporter le plus grand des bonheurs
Mais aujourd’hui est le jour où tout commence.

Votre jour de mariage, poème anonyme. 

« L’amour vise l’énigme de l’Autre »

La sagesse de l’amour, Alain Finkielkraut

Les philosophes et les écrivains parlent d’amour. Ils tentent même de le décrypter. Qu’est-ce qui fait qu’on aime ? Est-ce que cela vient de moi ou de l’autre ? Qu’est-ce qui en l’autre attire l’amour ? Base de réflexion pour vos vœux ou pour une lecture de cérémonie, à vous de choisir comment utiliser cet extrait de La sagesse de l’amour de Finkielkraut autour de l’énigme de l’Autre !

l'énigme de l'autre

 » Je t’aime. Toi ? Tes mérites ? L’éclat de ton sourire ? La grâce de ta silhouette ? Ta fragilité ? Ton caractère ? Tes hauts faits ou le seul fait, miraculeux, de ton existence ? « On n’aime jamais les personnes, mais seulement les qualités, affirme Pascal. Celui qui aime quelqu’un à cause de sa beauté l’aime-t-il ? Non, car la petite vérole qui tuera la beauté sans tuer la personne fera qu’il ne l’aimera plus ». Selon Hegel, au contraire, aimer c’est attribuer une valeur positive à l’être même de celui qu’on aime indépendamment de ses actes ou de ses propriétés singulières et périssables. Proust apporte une contribution inédite à ce vénérable débat, en donnant tort à tout le monde. L’amour ne s’adresse ni à la personne ni à la particularité, il vise l’énigme de l’Autre, sa distance, son incognito, cette façon qu’il a de ne jamais être de plain-pied avec moi, même dans nos moments les plus intimes. »

La sagesse de l’amour, Alain Finkielkraut

J’ai toujours ton cœur avec moi, E.E. Cummings

Pour les vœux ou un discours de cérémonie

Parfois les poètes ont les mots qu’on n’arrive pas à trouver soi même. Parce que se dire qu’on s’aime ce n’est pas toujours évident. On a peur de trébucher. On hésite. On se dit que son discours sonnera trop comme ci ou trop comme ça. Dans ces moments là, on peut se référer à E.E. Cummings, et son J’ai toujours ton cœur avec moi. Qu’en pensez-vous ?

j'ai toujours ton cœur avec moi

J’ai toujours ton cœur avec moi
Je le garde dans mon cœur
Sans lui jamais je ne suis
Là où je vais, tu vas…
Et tout ce que je fais par moi-même est ton fait…
Je ne crains pas le destin
Car tu es à jamais le mien
Je ne veux pas d’autre monde, car
Tu es mon monde, mon vrai…
Tu es tout ce que la lune a toujours voulu dire
Et tout ce que le soleil chantera
C’est le secret profond que nul ne connaît
C’est la racine de la racine
Le bourgeon du bourgeon
Et le ciel du ciel d’un arbre appelé vie
Qui croît plus haut que l’âme ne saurait l’espérer
Ou l’esprit le cacher…
C’est la merveille qui maintient les étoiles éparses.
Je garde ton cœur
Je l’ai dans mon cœur.

 

E.E. Cummings, J’ai toujours ton cœur avec moi, 1958, 95 poèmes

Pourquoi je t’aime ?

Comme un modèle pour les vœux !

La saison des mariages commence et avec elle, les questions autour de l’écriture des vœux !

Pourquoi je t'aime

Comment commencer ? Comment formuler ce « Pourquoi je t’aime » ? Que dire ? Comment ne pas trop en dire quand on est pudique tout en transmettant bien ce que l’on ressent ?

Hier soir, en lisant sur la terrasse de ma maman (une de mes activités préférées ! ), je suis tombée sur un joli passage dans le dernier livre de Fabrice Midal. Le but global de ce livre est d’apprendre ou de réapprendre à se laisser tranquille, à se « foutre la paix » nous dit Midal. Il enjoint son lecteur à plus de simplicité dans son rapport à soi mais aussi aux autres.

Evidemment, l’amour fait partie de ce rapport à l’autre. En abordant ce sujet, l’auteur croque une définition. Il tend à définir l’indéfinissable en accordant et en revendiquant ce côté impalpable et inconnu de l’amour. J’ai trouvé ça beau. Beau et universel aussi !

« Soyons bienveillants. C’est ainsi que commence l’amour. Quand on se sent autorisé à être vraiment soi-même. Quand on découvre que l’on est davantage soi-même auprès de l’autre. Quand on veut l’autre comme il est. Quand on se réveille avec un nouveau rapport à la vie. Quand on peut lâcher prise.

L’amour est difficile. Car c’est toujours une sorte de grâce. Pourquoi je t’aime ? Je peux bien sûr établir une liste de raisons. Heureusement, elle ne dit rien de l’essentiel. Au fond, je ne sais pas pourquoi je t’aime, et c’est pourquoi je t’aime. Je t’aime parce que tu es qui tu es. C’est simplement le fait que tu sois qui me comble, m’apaise, me réjouit. »

Parfois, on peut laisser les autres parler pour nous, leur emprunter leurs mots car ils sont les vecteurs de nos propres sentiments. Qu’en pensez-vous ? Est-ce que vous imaginez ce mots de Fabrice Midal dans votre cérémonie de mariage ?

in Fabrice Midal, Foutez-vous la paix

Amour et voyage

Idée de lecture pour une cérémonie laïque

Cette année, je marie des amoureux voyageurs. Ils ont visité de nombreux pays du monde seuls ou à deux et ils tiennent à ce que leur mariage soit placé sous le signe de leur passion commune. Ils m’ont donc demandé de leur proposer un catalogue de textes faisant la part belle aux voyages et aux jolies métaphores qui y sont liées. Comme je suis d’âme généreuse, je partage avec vous un extrait de mes recherches sur les liens entre amour et voyage.

Voilà donc une nouvelle idée de lecture qui nous permet de constater, une fois de plus, que les Chédid cultivent le gène du talent !

amour et voyage

 

Aucune marche
Aucune navigation
N’égalent celles de la vie
S’actionnant dans tes vaisseaux
Se centrant dans l’îlot du cœur
Se déplaçant d’âge en âge

Aucune exploration
Aucune géologie
Ne se comparent aux circuits du sang
Aux alluvions du corps
Aux éruptions de l’âme

Aucune ascension
Aucun sommet
Ne dominent l’instant
Où s’octroyant forme
La vie te prêta vie
Les versants du monde
Et les ressources du jour

Aucun pays
Aucun périple
Ne rivalisent avec ce bref parcours :
Voyage très singulier
De la vie
Devenue Toi

 

Andrée CHÉDID, La vie voyage, Épreuves du vivant

Le mariage est un amour fou ou il n’est rien

Lecture sur le thème du mariage

le mariage est un amour fou

On avance, on avance sur les mariages 2017 ! C’est l’occasion d’enrichir le catalogue de textes que je propose aux mariés. Voilà une de mes dernières découvertes. C’est cadeau !

Le mariage est un amour fou ou il n’est rien.
L’amour durable, ce n’est pas l’amour qui se maintient,
C’est l’amour qui grandit avec le temps.
Dans une telle aventure qui peu à voir avec l’institution conjugale, tout, chaque jour se vit comme pour la première fois.
Il n’y a peut-être pas d’amour conjugal, mais il y eu un amour nuptial et c’est le plus grand.
Cet amour est sans retour, inconditionnel, à toute épreuve.
Il engage contre vents et marées tout le corps et tout l’esprit.
Quand un mariage est illuminé par cette fidélité dynamique, il devient le lieu d’une expérience mystique à l’état sauvage.
Les époux vivent dans l’absolu vit en eux. L’alliance de leurs deux angoisses crée un espace d’espoir.
Utopie ? Sans doute mais c’est la plus réaliste de ces utopies que de vouloir faire durer le vertige, selon la loi secrète de l’univers qui est que les obstacles sont des moyens, que le continu se nourrit du discontinu, que l’union naîtra de la différence.
L’amour le plus fou est dans le mariage car un mariage vrai ose s’affirmer devant les hommes que vivre, c’est avant tout aider cet autre à vivre.

 

Jacques de Bourbon-Busset, cité dans Apologie du mariage d’Olivier Poivre d’Arvor, 1981, La Table ronde

Idée de lecture pour une cérémonie laïque

Le Lapin de velours, jolie lecture pour votre cérémonie de mariage

Trouver un texte qui nous parle et qui parle à tous peut se révéler un véritable casse-tête quand on prépare sa cérémonie laïque. Je vous avais conseillé dernièrement de vous tourner vers les livres pour enfants, en voici la preuve en quelques mots ! Je suis ravie de partager cette idée de lecture pour une cérémonie laïque avec vous !

Dans cet extrait du Lapin de velours de Margerie Williams, le cheval en peluche explique au lapin ce que c’est qu’être réel. Je ne vous en dis pas plus et vous laisse apprécier la lecture et la métaphore !

 

– « C’est quoi être réel ? » demanda un jour le lapin de velours.
Ils étaient allongés par terre, près du coffre à jouets. Nana allait bientôt entrer pour ranger la chambre.

– « Est-ce que ça veut dire se mettre à vibrer quand quelqu’un appuie sur notre bouton ?

– Non, répondit le cheval en peluche. D’abord, on n’est pas réel, on le devient. Quand un enfant t’aime, très, très longtemps, pas seulement pour jouer, non, mais quand il t’aime réellement, alors tu deviens réel.

– Est-ce que ça fait mal ? demanda le lapin.

– Parfois, répondit le cheval qui disait toujours la vérité. Mais quand tu es réel, ça ne te dérange pas qu’on te fasse mal.

– Est-ce que ça arrive en une fois, comme d’être remonté, ou est-ce ça vient petit à petit ?

– Non, ça n’arrive pas tout d’un coup dit le cheval en peluche. Tu le deviens. Ça prend beaucoup de temps. C’est d’ailleurs pour ça que ça n’arrive pas à ceux qui se cassent facilement ou qui ont des angles pointus, ou alors à ceux qu’on doit traiter avec précaution.

En général, le temps que tu deviennes réel, presque tous tes poils ont été usés d’amour, tes yeux tombent, il y a du jeu dans tes articulations et tu es très défraîchi. Mais peu importe, car quand tu es réel, tu ne peux pas être moche, enfin à part pour les gens qui ne comprennent rien. »

Que pensez-vous de cette belle métaphore de l’amour ?

Le lapin de velours, Margerie Williams, traduction Emilie Goulier