Rencontre beyrouthine : Michel l’amoureux

La sagesse de Michel

Fin février, je suis partie une semaine au Liban avec deux de mes supers amies. On avait prévu 8 jours de balades, de gastronomie et de rires. Le programme a été amplement réalisé ! Et en plus, on a eu la joie de multiplier les rencontres improbables, drôles et parfois touchantes. L’une d’elles c’est Michel. Comme c’est un homme adorable, il a accepté que je fasse son portrait. Merci Michel !

Antiquités et bijoux

On a croisé Michel en s’arrêtant sur un petit stand de bijoux qu’il présente devant sa boutique située entre le centre-ville et le quartier de Mah Mikael. Désolée pour l’absence totale de précision sur l’emplacement, mon sens de l’orientation est assez proche de 0 ! *

© Thomas Griesbeck

Les touristes que nous étions furetaient parmi les bagues, les boucles et les bracelets tout en discutant tranquillement. Michel a rapidement repéré que nous étions françaises et a absolument tenu à nous offrir un thé. Ce monsieur de 94 ans nous a accueillies pendant presque deux heures, multipliant les souvenirs, les sentences sur la vie, l’amour, le monde. Et les mots enflammés pour sa femme qu’il surnomme Yasmina en l’honneur du parfum qu’elle porte depuis toujours. Bon, ce n’est pas un secret j’aime les rencontres et le fait de découvrir des histoires, des personnalités, des parcours. Là je peux dire que j’ai eu un gros coup de cœur !

Un amoureux de la France

« La France c’est formidable, la France c’est merveilleux, la France c’est le pays des Lumières ! » Michel n’avait pas assez de mots pour nous convaincre. Au début on faisait un peu la moue, car nous, on trouve qu’en France il y a, aussi et parfois surtout, beaucoup de choses qui ne vont pas. Mais en fait c’est aussi en cela qu’on est bien françaises, on aime bien râler !

Et ce vendredi soir, en écoutant un vieux monsieur vanter les mérites de notre pays, on a fini par hocher la tête avec lui. C’est vrai qu’on vit dans un pays doté d’une culture très riche, c’est vrai que le français est la langue des diplomates, c’est vrai que la France c’est aussi formidable. Merci Michel !

Un amoureux de l’amour

Mais là où j’aurais pu écouter ce monsieur pendant des heures, c’est quand il nous parlait d’amour et de sa femme. Marié depuis 60 ans, il rayonne d’amour pour sa Yasmina. Elle est celle qui l’aime, qui prend soin de lui, qui le gronde parfois quand il oublie de se raser et qu’elle refuse alors de l’embrasser. Je l’entends encore répéter « grâce à elle » sans cesse. J’aime les gens qui s’aiment, je ne fais pas mon métier par hasard. Mais moi qui raconte souvent les débuts, j’aime encore plus entendre les « ensuite ». S’aimer autant 60 ans après, je trouve toujours cela très émouvant !

© Lotte Meijer

Alors Michel nous a donné ses conseils d’amour. Le principal étant celui de pardonner, d’accepter la part d’humanité de l’autre. Il m’a promis un grand avenir amoureux et de vie, je le prends au mot. Et j’espère que dans quelques dizaines d’années un vieux monsieur (encore jeune et inconnu aujourd’hui !) chantera mes louanges à qui voudra bien les entendre.

 

 

*Pour celles et ceux qui auraient envie d’aller rencontrer Michel c’est rue Garaud à Jemmayze, Immeuble Andalousia à Beyrouth. J’ai retrouvé sa carte de visite !

Peut-on définir l’amour ?

Amitié, désir, passion : les bornes de l’amour

définir l'amour
© Brigitte Tohm

C’est lundi, c’est philosophie ! Ces derniers temps, je me disais qu’il me manquait quelque chose dans mes réflexions et mes derniers articles et tout à coup ça a fait tilt ! ça faisait bien trop longtemps que je n’étais pas allée me promener du côté de la philosophie. J’ai donc repris mes lectures et mes conférences. Et aujourd’hui, je m’attarde sur cette conférence de Francis Wolff : Peut-on définir l’amour ?

Oui tout simplement, la question est bien de tenter de décrire précisément ce qu’est l’amour « alors qu’on a souvent tendance à garder une définition vague de l’amour, comme si ça faisait aussi partie du charme du concept. » Allons-y !

De quel amour on parle ?

Écartant d’emblée les autres formes d’amour, Wolff décide de se concentrer sur l’amour amoureux. Celui auquel on pense quand on parle « d’histoire d’amour », de « chanson d’amour », de « déclaration d’amour ».

définir l'amour
© Zoriana Stakhniv

Cet amour-là est un concept difficile à saisir et surtout difficile à classer. Wolff essaie de le cerner en s’appuyant sur des méthodes de définition issues de la tradition philosophique. Peut-on définir l’amour en l’inscrivant dans une catégorie et des sous-catégories ? Peut-on déterminer des conditions nécessaires et suffisantes à l’amour ? Peut-on encore décrire une forme de prototype de l’amour ? A chaque fois, la définition achoppe. A chaque fois un contre-exemple vient remettre en cause la définition comme étant trop laxiste ou au contraire trop resserrée.

Wolff choisit alors une autre forme de définition en établissant la liste des éléments sans lesquels on ne peut parler d’amour.

Les bornes externes de l’amour

Il n’y a pas de « prototype de l’amour », nous dit Francis Wolff mais on peut lui reconnaître trois « tendances caractéristiques » : l’amitié, le désir et la passion. Chacune de ces tendances ne peut faire « amour » seule. Ainsi, on n’est pas amoureux d’un ami, on peut haïr passionnément et on peut désirer quelqu’un sans l’aimer. C’est un fait.

Amitié, désir ou passion ne font pas l’amour, et pourtant à elles trois, elles constituent un cadre de définition, comme des « bornes externes de l’amour ». Schématiquement l’amour pourrait alors être considéré comme un triangle borné en extérieur par l’amitié, le désir et la passion. Toute relation qui s’inscrit entre les bornes de ces trois tendances peut être définie comme amour, qu’importe la tendance principale.

définir l'amour
© Priscilla du Preez

En effet, l’amour n’est pas le résultat d’une recette avec une dose précise d’amitié, de désir ou de passion. Il est des amours plus amicales ou plus passionnelles que d’autres. D’ailleurs Wolff s’amuse à convier des amoureux de la littérature en leur attribuant une place plus ou moins proche de la tendance amicale, désirante ou passionnel sur la « nouvelle carte du tendre » qu’il dessine. Il nous parle alors des amoureux passionnels que sont Roméo et Juliette, de Tristan et Iseult portés par le désir ou de Paul et Virginie où l’amical domine avant le départ de Virginie.

L’amour : une notion hétérogène

définir l'amour
© Francesca Vignudelli

La définition étant posée, Wolff veut aller plus loin et tirer « des leçons métaphysiques ». Si on peut définir l’amour en le décrivant comme « la fusion instable, en proportion variable, d’au moins deux des 3 éléments hétérogènes que sont l’amical, le désirant et le passionnel », on peut certes lui donner un cadre, mais on peut aussi comprendre pourquoi l’amour est toujours teinté de précarité et d’instabilité.

Chacune des trois composantes de l’amour appartient à une catégorie ontologique différente : « l’amitié est une relation, la passion est un état, le désir est une disposition ». C’est cette différence entre les trois composantes qui fait qu’elles ne peuvent pas « jouer collectif ». Ainsi, l’une ou l’autre prend souvent le pas, emportant l’amour vers du plus désirant, du plus amical ou du plus passionnel.

définir l'amour
© David Thomaz

On pourrait alors tirer une conclusion pessimiste de cette impossibilité de stabilité. Mais on peut aussi, au contraire et avec Wolff, choisir de voir dans cette instabilité, dans cette harmonie toujours en suspens, justement ce qui fait la beauté et la grandeur de l’amour !

Qu’en pensez-vous ? Et votre amour à vous ? Où le situez-vous sur la nouvelle carte du tendre de Wolff ?

 

NB : toutes les citations sont tirées de la conférence de Francis Wolff « Peut-on définir l’amour ? » à l’ENS en mai 2016.

«L’amour vise l’énigme de l’autre»

La sagesse de l’amour, Alain Finkielkraut

Les philosophes et les écrivains parlent d’amour. Ils tentent même de le décrypter. Qu’est-ce qui fait qu’on aime ? Est-ce que cela vient de moi ou de l’autre ? Qu’est-ce qui en l’autre attire l’amour ?

Base de réflexion pour vos vœux ou pour une lecture de cérémonie, à vous de choisir ! Vous saurez comment utiliser cet extrait de La sagesse de l’amour de Finkielkraut autour de l’énigme de l’Autre !

l'énigme de l'autre

 

« Je t’aime.

Toi ? Tes mérites ? L’éclat de ton sourire ? La grâce de ta silhouette ? Ta fragilité ? Ton caractère ? Tes hauts faits ou le seul fait, miraculeux, de ton existence ?

« On n’aime jamais les personnes, mais seulement les qualités, affirme Pascal. Celui qui aime quelqu’un à cause de sa beauté l’aime-t-il ? Non, car la petite vérole qui tuera la beauté sans tuer la personne fera qu’il ne l’aimera plus ».

Selon Hegel, au contraire, aimer c’est attribuer une valeur positive à l’être même de celui qu’on aime indépendamment de ses actes ou de ses propriétés singulières et périssables.

Proust apporte une contribution inédite à ce vénérable débat, en donnant tort à tout le monde. L’amour ne s’adresse ni à la personne ni à la particularité, il vise l’énigme de l’Autre, sa distance, son incognito, cette façon qu’il a de ne jamais être de plain-pied avec moi, même dans nos moments les plus intimes. »

La sagesse de l’amour, Alain Finkielkraut

Edgar Morin « Amour, Poésie, Sagesse »

Une philosophie de l’amour

L’avantage de Facebook c’est qu’on y trouve aussi bien des chatons mignons, que des perles de poésie. Grâce à une de mes copines de l’ENS, je suis tombée sur une de ces perles : une conférence d’Edgar Morin de fin 2013.

amour, sagesse, poésie

Le philosophe était invité à l’Université permanente de l’Université de Nantes pour une conférence intitulée : « Amour, Poésie, Sagesse ». Vaste programme ! Et comme c’est Edgar Morin qui parle, on se régale l’esprit quand on parle amour et philosophie.

Cet homme donne à penser, philosophie oblige ; mais il a aussi un don pour les mots. Avec lui, on pense avec beauté ! Voilà donc ma sélection subjective des beaux moments de cette conférence !

« L’amour est toujours le beau risque à courir »

L’amour nous dit Morin appartient à l’homo sapiens demens. Oui, pour le philosophe, il faut ajouter le terme demens à la dénomination de l’homme, car la folie est autant le propre de l’homme que la raison.

Et l’amour se situe du côté de la passion, tout en ayant besoin de la « veilleuse de la rationalité » pour ne pas sombrer dans le délire.

amour, poésie, sagesse

C’est parce que l’amour tient de la passion plus que de la raison qu’il est « le beau risque à prendre ». Si la raison seule guidait, elle listerait toutes les options négatives : l’autre peut décéder, arrêter de m’aimer, aimer quelqu’un d’autre. Tant de possibilités qui rationnellement pourraient empêcher l’amour. Mais la folie prend le pari et tente ce « beau risque » !

La force du baiser

Dans cette conférence, Morin s’attarde sur le visage et particulièrement de la bouche. Selon lui, la bouche est un « organe absolument polyvalent » qui peut aussi bien nous permettre de manger, de respirer, de sourire que de donner un baiser.

amour, poésie, sagesse

Le baiser sur la bouche, c’est « la rencontre de deux chairs », en tant que prélude érotique voire sexuel entre deux corps. Cependant, le souffle porte aussi en lui un aspect mystique. Il est souvent associé à l’âme. Embrasser quelqu’un sur la bouche, c’est également échanger deux souffles. Symboliquement, c’est alors la rencontre de deux âmes. Le baiser possède cette force duelle de représenter à la fois l’union de deux corps et de deux âmes.

Vous n’embrasserez plus jamais de la même manière !

La sagesse comme ouverture sur l’autre

Tout le discours de Morin laisse entendre ce qu’il précisera à la fin de sa conférence. La sagesse ne pourrait pas se limiter à une vie trop raisonnable, on ferait attention à tout, et on n’aurait aucun sentiment. La sagesse est une « veilleuse de la raison », mais rien ne se fait sans passion.

Au-delà de l’amour amoureux, Morin enjoint à l’humanisme et à la prise en compte de l’autre. Notamment pour limiter la violence. L’autre, les autres nous sont étrangers, et pourtant ils sont emportés, comme chacun d’entre nous, dans l’aventure humaine. Le philosophe conclut ainsi : « Nous vivons dans l’incertain, la sagesse c’est d’affronter l’incertitude et être capable de comprendre autrui. Voilà les ingrédients d’une sagesse actuelle contemporaine. »

amours, sagesse, poésie

Le beau risque de l’amour se court même dans son rapport aux autres, pas seulement dans le rapport amoureux. Le beau risque de l’amour c’est aussi celui de tenter de comprendre et d’accepter l’autre dans son altérité à nous. Belle leçon d’humanité monsieur Morin. Merci beaucoup !

NB : toutes les citations sont tirées de la conférence d’Edgar Morin « Amour, poésie, sagesse » à l’Université permanente de l’Université de Nantes, le 12 décembre 2013.

Histoires d’amours : Socrate et Alcibiade

Le couple Socrate et Alcibiade

Qui sont-ils ?

Nous sommes en Grèce, dans l’Athènes du Ve siècle avant JC. Socrate est l’empêcheur de tourner en rond de service. Il arpente la ville et questionne sans cesse ses contemporains. Son but est de les pousser à réfléchir à ce qu’ils disent (vaste projet !). Il y traque le faux ainsi que les idées reçues acceptées toutes crues !

Socrate et AlcibiadeEn somme, Socrate pousse les gens à réfléchir sur le vrai sens des choses. D’après ce qu’on en sait, Socrate n’est pas franchement un bel homme, ni quelqu’un qui fait attention à son apparence. Je ne saurais pas dire quel âge il a mais il est beaucoup plus vieux qu’Alcibiade. Ce dernier est un jeune homme intelligent et ambitieux, il sera général mais peut également aspirer à la politique.

Tout sépare le bel Alcibiade et l’étonnant Socrate avec sa tête de satyre. Et pourtant…

Comment ils s’aiment ?

Pourtant une attraction mutuelle lie les deux hommes. On en prend pleinement conscience dans le Banquet mais Platon l’évoque aussi dans plusieurs autres dialogues.

Socrate ne cache pas son amour pour Alcibiade. Il se dit d’ailleurs amoureux de lui comme de la philosophie. Il le suit, l’observe, cherche sa compagnie. Alcibiade est loin d’être insensible à cet homme étrange. Ils sont mutuellement fascinés par l’autre, Alcibiade avoue même dans le Banquet avoir désiré Socrate.

 socrate-et-alcibiade

Amusez-vous à lire ou à relire ce passage (217a-219e), où Alcibiade, certes ivre mais honnête, raconte ses tentatives. Cela sonne comme un écho très contemporain. Alcibiade tente tout ! Il lui propose de faire du sport ensemble, puis il l’invite à dîner en tête à tête, il l’invite même à rester dormir chez lui et partage son lit, en vain ! Il se donne du mal notre Alcibiade, mais Socrate reste chaste même s’il est séduit par le jeune soldat si beau et au si bel esprit. Le récit d’Alcibiade dans le Banquet est un cri de désir pour ce personnage qui le fascine.

Pourquoi c’est une belle histoire ?

Socrate et Alcibiade c’est un amour chargé d’admiration, de fascination, de désir. Les deux hommes passent du temps ensemble, s’enrichissent mutuellement, souffrent quand ils sont séparés. Alcibiade se dit même « asservi » à Socrate, il en parle comme d’un poison. Plus précisément, en grec, il parle de Socrate comme d’un « pharmakon », le mot signifie aussi bien le poison que le remède. Jolie métaphore de l’ambivalence du lien qui unit Alcibiade à Socrate !

Rien de sexuel ne les unit* ou peut-être que si mais au fond peu importe. En allant au-delà de la simple relation éraste-éromène**, Socrate et Alcibiade constituent un couple mythique. En effet, leur lien dépasse le mode de relation communément admis entre deux hommes dans la Grèce antique. Leur relation, acceptable voire encouragée le temps de l’adolescence d’Alcibiade, devient ensuite un sujet de moquerie envers Socrate. Il aurait dû se désintéresser du jeune homme devenu adulte. Et il n’en fut rien. En ça, leur relation dérangeait.

Les deux hommes forment un couple où les contraires s’attirent et se complètent : le bel Alcibiade et le laid Socrate, le jeune soldat et le vieux philosophe, l’apprenti ambitieux et le sage peu inquiet de sa réputation dans la cité. Leur histoire d’amour court à travers les dialogues de Platon et revient comme des vagues pour nous dire que oui ce Socrate, philosophe amoureux des Idées, s’est aussi dit amoureux d’un homme et en a été aimé jalousement !

*en tout cas pas d’après les témoignages des témoins contemporains, comme le dit JC. Bologne dans Histoire du couple.
** Bologne nous rappelle dans Histoire du couple qu’il était courant dans la Grèce antique qu’un homme adulte accompli (entre 25 et 30 ans), l’éraste, prenne en charge l’éducation et l’initiation d’un jeune adolescent, l’éromène. Cette relation pleinement encouragée devait prendre fin une fois l’adolescent devenu adulte. Les amours homosexuelles entre deux hommes adultes étaient, elle, moquées et sévèrement critiquées.

On ne se marie jamais seulement à deux…

Le regard éloigné : mariage et familles

couple conjugale

Je suis profondément convaincue qu’on ne se marie jamais seulement à deux. D’ailleurs, je crée très peu de cérémonies où seul le couple prend la parole. Pour moi c’est plus large. Je reprendrais volontiers le mot de Claude Levi-Strauss dans son livre Le regard éloigné. Il utilise l’expression de « famille conjugale », et vous allez voir elle recouvre tous les sens qu’on peut y attacher.

La famille conjugale ?

Dans le chapitre 3, l’ethnologue s’interroge sur le mariage et essaie de trouver un point commun à toutes les formes de couples et de familles observées dans le monde. Il nie assez rapidement l’idée d’une universalité du mariage et du couple monogamique, en invoquant l’existence même de nombreux contre-exemples. Néanmoins, il reconnaît qu’aussi loin qu’on puisse remonter depuis l’écriture et Hérodote, la « famille conjugale » est assez fréquente.

Dans chacune de ses formes, on identifie l’origine de cette « famille conjugale » dans le mariage. La famille inclut à l’origine un couple, qui s’organise autour des enfants. Les membres de la famille sont unis par des liens, des droits et des obligations (dictés par le droit, l’économie, la religion ou d’autres institutions). On identifie également un ensemble variable de sentiments qui créent le lien au sein de la famille conjugale (amour, crainte, respect, affection, etc.).

famille conjugale
© Cheryl Winn Boujnida

Ce qui dépasse ces quelques points communs, c’est que parmi toutes les sociétés étudiées, le couple à l’origine de la « famille conjugale » est lui aussi issu de familles. Logique, évidemment. Mais ce qui est intéressant c’est que la naissance d’un nouveau couple a une influence sur l’organisation des sociétés. En effet, le mariage, ou l’union, s’imbrique dans un réseau d’alliances. Quand j’épouse Jules, je m’allie aussi à la famille de Jules. Si un conflit impliquant la famille de Jules survient, ma famille sera un soutien pour celle de Jules.

Le mariage créateur de société

« Dès lors que l’on reconnait que le mariage unit des groupes plutôt que des individus », on peut éclairer beaucoup de coutumes note Claude Lévi-Strauss. Le mariage est une forme d’union reconnue par la société, par exemple aujourd’hui il n’a de valeur que s’il est validé par l’Etat. C’est aussi un acte fondateur de société via le lien qui se crée entre les groupes familiaux d’origine. Cette union entre deux êtres issus de familles différentes est aussi ce qui permet d’éviter l’endogamie et de créer le lien social. Cette mixité crée la société.

famille conjugale
© Jeremy Wong

En Nouvelle Guinée, on dit que « le mariage a moins pour but de se procurer une épouse que d’obtenir des beaux-frères », je vous laisse méditer là-dessus quand vous rechignerez à l’idée d’aller dans sa famille. Dites-vous que par votre union et votre famille conjugale vous faites acte de société et participez à son renouvellement !

 

Le regard éloigné, Claude Lévi-Strauss, Plon, 1983. Chapitre 3 : famille, mariage, parenté.