C’est en risquant qu’on devient vivant et aimant

Lecture de cérémonie, Jean Vanier

C'est en risquant qu'on devient vivant et aimant

Comme ça faisait longtemps que je n’avais pas partagé une idée lecture avec vous. Alors, je me suis dit qu’il fallait remédier immédiatement au manque en question ! Voici donc, pour vous, un extrait d’un texte de Jean Vanier résumant des beaux conseils d’amour, pour l’amour. L’amour de ceux qui se marient, mais aussi de ceux qui s’aiment en général. J’imagine bien ce texte lu par des membres de la famille des mariés ou par des ami.e.s de toujours. Suivi ensuite d’un discours « accueillant » la nouvelle personne dans la famille ou la tribu de manière générale.

Cela sonne pour moi comme un message de bienveillance et de tendresse. Une tendresse attentive à l’autre et forte de ce message : « C’est en risquant qu’on devient vivant et aimant ». Le mariage est une forme de risque, un risque que l’on prend et que l’on revendique haut et fort. Un risque qu’on défend chaque jour un peu plus.

Et vous, vous l’imaginez où ce texte ?

Donner de l’espace à l’autre
Accueillir quelqu’un, ce n’est pas le prendre pour l’étouffer ou le changer selon mes idées et ma façon de voir
Accueillir, c’est donner de l’espace à l’autre à l’intérieur de moi, pour qu’il puisse m’apporter
quelque chose et, par le fait même, me transformer un peu.

L’accueil est une ouverture, une capacité un désir d’évolution, de changement, de croissance.

Dans l’accueil, il y a un élément d’inattendu.
Je n’agis plus en maître.
Je reçois ce qui m’est donné.
Recevoir quelqu’un pour prendre dans ses idées ce qui peut m’enrichir et le rejeter quand il me dérange, ce n’est pas l’accueil.

Accueillir c’est s’exposer à un risque.

La vie est risque.

C’est en risquant qu’on devient vivant et aimant.

Et le fruit de ce risque, c’est la fidélité de l’amour, la tendresse éprouvée, la célébration d’une alliance.

« L’amour vise l’énigme de l’Autre »

La sagesse de l’amour, Alain Finkielkraut

Les philosophes et les écrivains parlent d’amour. Ils tentent même de le décrypter. Qu’est-ce qui fait qu’on aime ? Est-ce que cela vient de moi ou de l’autre ? Qu’est-ce qui en l’autre attire l’amour ? Base de réflexion pour vos vœux ou pour une lecture de cérémonie, à vous de choisir comment utiliser cet extrait de La sagesse de l’amour de Finkielkraut autour de l’énigme de l’Autre !

l'énigme de l'autre

 » Je t’aime. Toi ? Tes mérites ? L’éclat de ton sourire ? La grâce de ta silhouette ? Ta fragilité ? Ton caractère ? Tes hauts faits ou le seul fait, miraculeux, de ton existence ? « On n’aime jamais les personnes, mais seulement les qualités, affirme Pascal. Celui qui aime quelqu’un à cause de sa beauté l’aime-t-il ? Non, car la petite vérole qui tuera la beauté sans tuer la personne fera qu’il ne l’aimera plus ». Selon Hegel, au contraire, aimer c’est attribuer une valeur positive à l’être même de celui qu’on aime indépendamment de ses actes ou de ses propriétés singulières et périssables. Proust apporte une contribution inédite à ce vénérable débat, en donnant tort à tout le monde. L’amour ne s’adresse ni à la personne ni à la particularité, il vise l’énigme de l’Autre, sa distance, son incognito, cette façon qu’il a de ne jamais être de plain-pied avec moi, même dans nos moments les plus intimes. »

La sagesse de l’amour, Alain Finkielkraut

Amour et voyage

Idée de lecture pour une cérémonie laïque

Cette année, je marie des amoureux voyageurs. Ils ont visité de nombreux pays du monde seuls ou à deux et ils tiennent à ce que leur mariage soit placé sous le signe de leur passion commune. Ils m’ont donc demandé de leur proposer un catalogue de textes faisant la part belle aux voyages et aux jolies métaphores qui y sont liées. Comme je suis d’âme généreuse, je partage avec vous un extrait de mes recherches sur les liens entre amour et voyage.

Voilà donc une nouvelle idée de lecture qui nous permet de constater, une fois de plus, que les Chédid cultivent le gène du talent !

amour et voyage

 

Aucune marche
Aucune navigation
N’égalent celles de la vie
S’actionnant dans tes vaisseaux
Se centrant dans l’îlot du cœur
Se déplaçant d’âge en âge

Aucune exploration
Aucune géologie
Ne se comparent aux circuits du sang
Aux alluvions du corps
Aux éruptions de l’âme

Aucune ascension
Aucun sommet
Ne dominent l’instant
Où s’octroyant forme
La vie te prêta vie
Les versants du monde
Et les ressources du jour

Aucun pays
Aucun périple
Ne rivalisent avec ce bref parcours :
Voyage très singulier
De la vie
Devenue Toi

 

Andrée CHÉDID, La vie voyage, Épreuves du vivant

Le texte qui marche à tous les coups !

La lettre aux aventuriers de la vie de Brel

Texte cérémonie laïqueDéjà parce que c’est Jacques Brel, ensuite parce que c’est Jacques Brel et enfin parce qu’il a su mettre en quelques lignes les plus beaux vœux que l’on puisse présenter à quelqu’un en général et à un couple qui s’unit en particulier !

Avec ses « Souhaits aux aventuriers de la vie », il réussit à faire frissonner tous les publics, de votre grand-mère tradi à votre cousin ado qui disserte pendant des heures sur le sens de la vie.

Je vous souhaite des rêves à n’en plus finir et l’envie furieuse d’en réaliser quelques-uns. Je vous souhaite d’aimer ce qu’il faut aimer et d’oublier ce qu’il faut oublier. Je vous souhaite des passions, je vous souhaite des silences, Je vous souhaite des chants d’oiseaux au réveil et des rires d’enfants. Je vous souhaite de respecter les différences des autres, parce que le mérite et la valeur de chacun sont souvent à découvrir. Je vous souhaite de résister à l’enlisement, à l’indifférence et aux vertus négatives de notre époque, Je vous souhaite enfin de ne jamais renoncer à la recherche, à l’aventure, à la vie, à l’amour, car la vie est une magnifique aventure et nul de raisonnable ne doit y renoncer sans livrer une rude bataille. Je vous souhaite surtout d’être vous, fier de l’être et heureux, car le bonheur est notre destin véritable.

Et vous, ça vous plaît ? Quel est le texte qui vous renverse à chaque fois ?

Quand nous aurons cent ans : inspiration

Il y a quelques mois j’ai découvert le dernier album de Grand Corps Malade. Tradition fraternelle oblige, j’aime d’office ce qu’il fait mais là j’ai trouvé son idée géniale. Il a demandé à plusieurs artistes, comme Richard Bohringer, Charles Aznavour, Luciole et beaucoup d’autres d’écrire une chanson qui intégrerait cette phrase : « Il nous restera ça ». C’est d’ailleurs le titre de l’album !

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En bonne littéraire, je suis assez fan des exercices de style de ce genre et ce que j’ai beaucoup aimé ici, c’est la richesse des thèmes abordés autour de cette seule phrase. Bohringer parle d’un amour, Aznavour de l’écriture et Grand Corps Malade de la construction d’une famille. J’avoue, j’y ai pioché quelques textes pour illustrer une cérémonie laïque et j’avais envie d’en partager un avec vous. Celui de Jeanne Cherhal. Il s’intitule « Quand nous aurons cent ans », ce texte peut aussi bien être lu pendant une cérémonie d’engagement (mariage ou PACS) ou lors d’un renouvellement de vœux. Je vous laisse découvrir et me donner votre avis dans les commentaires.

Quand nous aurons cent ans et cent jours et cent nuits
Que nos petits-enfants auront fait des petits
Quand nos bras d’allumettes s’effriteront d’un coup
Que le poids de nos têtes écrasera nos cous
Que nous restera-t-il pour finir en beauté ?

Quand nous aurons cent ans et de beaux souvenirs
De nos corps s’aimantant comme deux gouttes de cire
Quand la moindre caresse aura l’air d’un cent mètres
Et que la vieille maîtresse aura perdu son maître
Que nous restera-t-il pour finir en beauté ?

Quand nous aurons cent ans dans nos cœurs de sauvages
Dans nos yeux presque blancs nos cheveux de passage
Quand nos cils tomberont comme un arbre à hélices
Que nos jambes n’auront jamais été si lisses

Quand nous auront cent ans et la révolte sèche
Que l’inertie des temps aura brisé nos flèches
Quand la fatalité nous fera dire: tant pis
Et qu’un point de côté nous mettra au tapis

Quand nous aurons cent ans de regards en arrière
Quand ce qui nous attend sera déjà derrière
Quand revenus de tout et dépassés par tous
Nous attendrons surtout une sortie très douce
Que nous restera-t-il pour finir en beauté ?

Il nous restera ça: ton rire qui se faufile
Étincelant, immédiat, entre mes mots futiles
Mon rire qui prend sa source à ton esprit fissa!
J’espère qu’en bout de course, il nous restera ça.

Jeanne Cherhal, « Quand nous aurons cent ans » sur l’album Il nous restera ça de Grand Corps Malade, 2015.

 

Tu crois au marc de café, Paul Verlaine

Parmi les auteurs à explorer pour illustrer votre cérémonie laïque, je vous invite à vous pencher sur Paul Verlaine. Je vous livre ici un exemple, il y en aura d’autres. En manque d’inspiration pour s’adresser à son élue ? Elle ne vous en voudra peut-être pas si vous reprenez les mots du grand Paul !

Tu crois au marc de café,
Aux présages, aux grands jeux :
Moi je ne crois qu’en tes grands yeux.

Tu crois aux contes de fées,
Aux jours néfastes, aux songes.
Moi je ne crois qu’en tes mensonges.

Tu crois en un vague Dieu,
En quelque saint spécial,
En tel Ave contre tel mal.

Je ne crois qu’aux heures bleues
Et roses que tu m’épanches
Dans la volupté des nuits blanches !

Et si profonde est ma foi
Envers tout ce que je crois
Que je ne vis plus que pour toi.

Petit voyage philosophique autour du bonheur


Du bonheur, Frédéric LenoirJe partage avec vous ma lecture, en cours, de l’ouvrage Du bonheur. Je me régale avec ce livre de Frédéric Lenoir, qui au-delà de mon plaisir à toujours approfondir le concept philosophique de bonheur, me fournit quelques passages pour le catalogue que je suis en train de construire avec des textes à suggérer aux marié-e-s.

Frédéric Lenoir multiplie les casquettes : journaliste, romancier, philosophe et sociologue, il écrit majoritairement sur l’histoire des religions et sur la vie intérieure. Il a un vrai talent de pédagogie pour rendre les sujets faciles d’accès. Il multiplie les exemples de la vie courante pour illustrer des concepts philosophiques et ça fait un bien fou. Et je dois reconnaître, qu’il va aussi régulièrement explorer les idées d’auteurs qui comptent pour moi : Épicure, Sénèque, Rousseau entre autres.

Laissez-moi aujourd’hui vous faire découvrir un extrait de son chapitre 3 « Donner du sens à la vie » :

« Etre heureux c’est apprendre à choisir. Non seulement les plaisirs appropriés (il parlait d’Épicure dans le chapitre précédent), mais aussi sa voie, son métier, sa manière de vivre et d’aimer. Choisir ses loisirs, ses amis, les valeurs sur lesquelles fonder sa vie. Bien vivre, c’est apprendre à ne pas répondre à toutes les sollicitations, à hiérarchiser ses priorités. L’exercice de la raison permet une mise en cohérence de notre vie en fonction des valeurs et des buts que nous poursuivons. Nous choisissons de satisfaire tel ou tel plaisir ou de renoncer à tel autre parce que nous donnons un sens à notre vie – et ce, aux deux acceptions du terme : nous lui donnons à la fois une direction et une signification. (…) Les contenus du « sens » peuvent varier d’un individu à l’autre, mais quoi qu’il en soit, nous faisons tous le constat qu’il est nécessaire, pour construire sa vie, de l’orienter, de lui assigner un but, une direction, de lui donner une signification. (…)
Qu’on atteigne ou non ses buts n’est d’ailleurs pas l’essentiel. Nous n’allons pas attendre d’avoir atteint tous nos objectifs pour commencer à être heureux. La voie compte plus que le but : le bonheur vient en cheminant. »

CQFD !
J’y retourne et je vous invite grandement à vous plonger aussi dans le bonheur !

Frédéric Lenoir, Du bonheur, Le livre de poche, Fayard, 2013