Rédigez ses vœux : une déclaration

déclaration amour voeuxJe vous ai déjà parlé (ici) d’Alain Badiou et de son Eloge de l’amour. Je voudrais m’attarder sur le chapitre IV de cet ouvrage : « Vérité de l’amour ». Vaste programme !

Badiou y développe sa thèse sur l’amour en utilisant le prisme de la déclaration d’amour. Ce qu’il en dit vous permettra de vous rassurer sur la rédaction de vos vœux tout en donnant sens à ce qu’ils devront transmettre.

Dans une déclaration d’amour comme dans un poème, « il y a un risque énorme qu’on fait endosser au langage. Il s’agit de prononcer une parole dont les effets, dans l’existence, peuvent être pratiquement infinis. Les mots les plus simples se chargent alors d’une intensité presque insoutenable. » Ce passage condense la portée forte et sacrée des vœux tout en rappelant leur simplicité.

« Les mots les plus simples se chargent d’une intensité presque insoutenable ». Pas besoin de chercher les termes ou les tournures les plus compliquées pour évoquer un sentiment amoureux, car c’est la déclaration en elle-même qui fait naître l’intensité du moment.

La déclaration d’amour « fixe » le hasard de la rencontre. Déclarer son amour c’est passer de l’événement de la rencontre au commencement d’une construction de vérité. Le simple fait de se déclarer, de dire « je t’aime », c’est faire signe à l’autre qu’il s’est passé quelque chose qui engage. Que la rencontre née du hasard est devenue nécessité. La déclaration d’amour est le moment où on dépasse la rencontre pour l’inscrire dans la durée voire dans l’éternité.

C’est aussi pour ça qu’une déclaration d’amour n’est jamais unique. Elle est vouée à être de nouveau prononcée, re-déclarée pour rejouer la « scène du Deux » encore et encore. Vos vœux seront une de ces déclarations. Un de ces instants où l’on ancre le Deux dans le temps, où un simple et pourtant si fort « Je t’aime » symbolise l’engagement dans la vie à deux.

Alain Badiou, Nicolas Truong, Eloge de l’amour, Flammarion, 2009

Alain Badiou, Éloge de l’amour

C’est quoi l’amour ?

Des ennemis à l’amour ?

éloge de l'amourL’expérience de l’amour est une construction de vérité. Oui tout simplement ! En tout cas, c’est la thèse qu’Alain Badiou soutient dans son Éloge de l’amour. Répondant aux questions de Nicolas Truong, il développe son idée pour redonner ses lettres de noblesse à l’amour.

Selon lui, l’amour est menacé par deux ennemis : la sécurité et le confort. Ces ennemis sont notamment représentés sur les sites de rencontres qui, pour lui, reprennent les éléments d’un mariage arrangé. Cette fois ce ne sont plus les familles qui posent les règles cherchant le profit financier ou social d’une union, mais le principe est le même : on ne laisse pas de place au hasard ni au risque en connaissant beaucoup de choses de la personne avant même de la rencontrer. C’est la position d’Alain Badiou et on peut la remettre en cause mais continuons.

Une définition de l’amour ?

Le vrai intérêt de Badiou est de proposer une définition de l’amour comme une expérience universelle et pourtant très concrète. Certes, l’amour est universel car on ne compte pas les exemples d’êtres amoureux, mais ici c’est plus que ça. La portée universelle de l’amour est présente en ceci que l’amour permet d’expérimenter le monde du point de vue de la différence et non de l’identité. L’amour part toujours d’une séparation, car il est la rencontre de deux personnes différentes, dotées de subjectivités différentes. En cela, « l’amour ça traite d’abord d’un Deux ». Mais d’un Deux qui se rencontre. Et c’est seulement à partir de cet événement contingent et hasardeux que s’enclenche le processus qu’est l’amour, au sens d’expérience du monde du point de vue de la différence.

Alain Badiou défend l’amour au-delà de la rencontre romanesque, au-delà du « ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants ». Pour lui, l’amour est justement ce qui arrive après le mot « fin » des contes. L’amour, c’est cette construction, cette « aventure obstinée » parfois difficile, parfois proche du miracle qui s’inscrit dans la durée. On pourrait presque reprendre ses mots pour revenir sur son avis sur les sites de rencontres : passée la rencontre, événement contingent à un site de rencontre, un groupe d’ami, une attente à la boulangerie, tout couple fait l’expérience de l’amour dans la durée. Quel qu’ait été le vecteur de la rencontre, l’expérience du monde via le Deux est toujours présente et la construction de cette expérience s’inscrit dans le temps et dans un effort constant pour continuer à examiner le monde du point de vue de la différence et non de l’identité.

Ainsi, « le vrai sujet de l’amour est le devenir du couple et non la satisfaction des individus qui le composent ».

Alain Badiou, Nicolas Truong, Éloge de l’amour, Flammarion, 2009